Le nec plus ultra des soins de santé canadiens offert aux patients dans le besoin.

 

Propulsées par l’un des réseaux les plus rapides au monde, les cliniques mobiles offrent des soins dernier cri à des milliers de personnes défavorisées des villes du pays. Et ce n’est qu’un début!

Mardi matin, peu avant 10 h. Une grosse camionnette blanche se stationne dans l’allée de gravier de la banque alimentaire communautaire Rainbow Kitchen, à Esquimalt, en banlieue de Victoria.

Au volant, l’infirmière Maude Blanchette Lamothe a à peine le temps de freiner qu’un homme barbu s’approche de la fenêtre côté passager. Il se tient la mâchoire d’une main. Il souffre d’un mal de dents terrible et n’a pas de quoi acheter de l’aspirine ou des Tylenol. Il veut qu’elle soulage sa douleur. Maintenant.

C’est un cas courant. Mme Blanchette Lamothe et l’équipe d’infirmiers de rue des autorités sanitaires de l’île de Vancouver qui travaille pour la clinique mobile connaissent bien la gravité des besoins en matière de soins de santé primaires des nombreuses personnes dont l’accès au système de santé canadien est limité pour cause de maladie mentale, de dépendance, de pauvreté et d’une foule d’autres facteurs. La raison d’être de la clinique : mettre fin à ce cycle et s’assurer que tous les Canadiens reçoivent l’aide nécessaire.

On estime que 30 000 Canadiens dorment dans la rue tous les soirs. Or, comme la consommation d’opioïdes prend des proportions épidémiques au pays, la demande pour ce genre de service devrait s’intensifier.

« Les gens ont besoin d’aide, et d’aide immédiate », explique l’infirmière.

Même son de cloche à Vancouver, Montréal et Calgary, où des cliniques mobiles semblables, à la fine pointe de la technologie, ont vu le jour dans des quartiers défavorisés.

Cette année, on prévoit l’ouverture de 10 cliniques en tout. Elles prendront la route dans différentes villes canadiennes, dont Edmonton, Ottawa, Waterloo et Halifax.

Impossible de le nier : il s’agit d’un projet ambitieux. À ce jour, les cliniques ont reçu plus de 12 000 visites de patients, et ce nombre ne cesse d’augmenter à mesure que la nouvelle se répand dans les collectivités desservies.

Les efforts hautement coordonnés nécessaires à la mise sur pied de ces cliniques mobiles découlent d’un partenariat entre TELUS et la branche canadienne de l’organisme sans but lucratif Médecins du monde, à Montréal, où existe depuis 2014 une clinique mobile hautement sophistiquée. En 2018, TELUS s’est engagée à verser 5 millions de dollars supplémentaires pour appuyer l’expansion du programme à l’échelle nationale, en collaboration avec Médecins du monde et diverses autorités sanitaires régionales.

Pour Mme Blanchette Lamothe, les technologies accessibles à bord changent la donne en matière de traitement préventif. Jadis, les travailleurs de proximité devaient traîner avec eux les dossiers des patients. Mais aujourd’hui, l’information est stockée en toute sécurité dans les dossiers médicaux électroniques de TELUS. Elle est donc facile d’accès et peut être échangée entre prestataires de soins, ce qui permet de faire le suivi des problèmes de santé, des traitements et des demandes de consultation. Une connexion Wi-Fi à bord et des réseaux mobiles ultrarapides mondialement reconnus permettent au personnel de consulter des médecins et d’autres spécialistes par vidéoconférence afin d’obtenir des ordonnances ou des conseils, puis de les imprimer immédiatement au poste des soins infirmiers, à l’arrière de la camionnette.

À Ottawa, des fonctionnaires du secteur de la santé préparent avec enthousiasme le lancement du programme de clinique mobile. Comme plusieurs autres au Canada, la ville est en pleine crise de consommation d’opioïdes. De leur côté, les services de soutien locaux ont du mal à s’assurer que les patients dans le besoin accèdent à des soins de qualité sans trop d’embûches. La nouvelle clinique mobile assurera ce lien vital entre patients et services et permettra même la vidéoconférence avec des spécialistes des maladies infectieuses. Résultat : les patients n’auront plus besoin de se rendre à l’hôpital pour obtenir les meilleurs soins possible et les infections pourront être traitées rapidement, ce qui évitera des hospitalisations et des opérations coûteuses comme les chirurgies valvulaires.

La camionnette servira aussi à offrir des soins psychologiques, ainsi que des services juridiques rendus possibles par un partenariat avec l’école de droit de l’Université d’Ottawa et des avocats bénévoles.

« Ces nouvelles ressources aideront à combler les écarts en matière de priorité d’accès qui touchent une population ayant désespérément besoin que les soins viennent à elle », explique le docteur Jeff Turnbull, directeur médical de l’organisme Ottawa Inner City Health.

À Victoria, où la clinique mobile aide tous les patients, quel que soit leur genre, les travailleurs de proximité reprennent leur souffle après un déluge de maladies, de blessures et d’infections amenées par l’inévitable pluie caractéristique de l’hiver et du printemps sur la Côte-Ouest. Les blessures aux pieds qu’entraîne une exposition prolongée à l’humidité sont un problème courant pour ceux qui vivent dans une tente ou sous une bâche. Viennent s’y ajouter les risques de bronchite, de pneumonie, de tuberculose, d’hépatite et d’autres maladies graves pouvant faire des ravages chez les sans-abri, qui sont excessivement vulnérables.

Cette année, la clinique mobile a pu les aider. Beaucoup de ces patients n’ont jamais eu accès à des soins continus. C’est là le mandat de la clinique : favoriser l’égalité sociale en mettant tous les Canadiens en lien avec le système de santé.

C’est le rêve que caresse Mme Blanchette Lamothe à chaque fois qu’elle prend le volant.

« L’objectif, ironiquement, c’est qu’on n’ait plus besoin de nous. Ce serait l’idéal, dit-elle. D’ici là, il y a beaucoup de travail à faire. »