Des jeunes vulnérables créent des liens essentiels en ligne

 

Grâce au soutien d’une initiative nationale unique, des milliers de jeunes Canadiens issus du système d’aide à l’enfance trouvent le succès sur l’un des réseaux les plus rapides et les plus fiables au monde lorsqu’ils entreprennent la difficile transition vers la vie autonome.

Le monde de Brittany Milla a basculé le jour de son 18e anniversaire.

Souffler ses 18 bougies est une étape que la plupart des jeunes attendent avec impatience. Pour Brittany, ce moment a plutôt marqué la perte d’une grande partie des ressources financières et émotionnelles lui ayant permis de traverser une enfance mouvementée.

Lorsqu’elle avait sept ans, son frère cadet et elle ont été pris en charge par le système de placement familial ontarien. Ils ont vécu dans plusieurs foyers d’accueil temporaires, avant d’être séparés et placés dans des familles différentes.

Brittany a amorcé sa transition du système d’aide à l’enfance vers la vie autonome à 18 ans. Elle a dû trouver un logement et apprendre à faire son épicerie et à payer ses factures de chauffage et d’électricité à partir d’une très modeste allocation mensuelle et sans aucun historique de crédit. Pendant cette période très difficile, Brittany arrivait à peine à payer son loyer à Brantford. Elle comptait sur l’aide d’une banque alimentaire, d’où elle revenait en autobus, chargée des aliments et articles de toilette dont elle avait besoin. Pire encore, son budget ne lui permettant pas de payer un téléphone mobile ni une connexion Internet, elle se sentait coupée du précieux réseau de personnes et de ressources qui l’avaient aidée tout au long de son adolescence.

« C’était très dur », se souvient-elle.

Malheureusement, des milliers de jeunes Canadiens vivent la même situation.

Chaque année, environ 2 300 jeunes quittent le système d’aide à l’enfance au Canada. Comme Brittany, beaucoup d’entre eux ne sont pas prêts à faire face à la nouvelle réalité qui les attend et ne bénéficient pas du soutien d’une famille permanente. Sans les ressources adéquates, bon nombre d’entre eux sont plus susceptibles que les autres d’être touchés par la pauvreté, l’itinérance, la toxicomanie, l’anxiété, la dépression, le suicide ou les effets dévastateurs d’une rupture.

« À l’âge adulte, nous recherchons la structure et la stabilité, résume Brittany. Mais comment pouvons-nous les trouver lorsque nous n’en avons jamais fait l’expérience plus jeune? Nous ne pouvons en quelque sorte compter que sur nous-mêmes. »

Maintenant âgée de 23 ans, Brittany se souvient encore parfaitement de la peur et du sentiment d’isolement qui s’emparaient parfois d’elle, alors qu’elle commençait tout juste à voler de ses propres ailes. Elle a fait bien du chemin depuis, mais elle a toujours beaucoup de mal à se procurer des produits de première nécessité que bien des Canadiens tiennent pour acquis. Lorsqu’elle a entendu parler d’un nouveau programme qui équipait gratuitement les jeunes adultes quittant le système d’aide à l’enfance d’un téléphone intelligent et d’un forfait de services mobiles de deux ans sur l’un des réseaux les plus rapides et les plus fiables au monde, elle a sauté sur l’occasion.

Intitulé Mobilité pour l’avenir, ce programme social novateur offre aux participants les appels et textos illimités partout au Canada, ainsi que 3 Go de données par mois. Même si les services leur sont offerts à 0 $, ils reçoivent tout de même des factures à leur nom, ce qui leur permet de bâtir leur cote de crédit.

Depuis 2017, année de lancement du projet pilote par TELUS et des partenaires gouvernementaux en Colombie-Britannique, près de 1 900 jeunes étant passés par le système canadien d’aide à l’enfance, à l’instar de Brittany, ont bénéficié du programme. Celui-ci a dépassé les frontières de la Colombie-Britannique pour devenir un programme national offert en Ontario, au Québec, au Manitoba et au Nouveau-Brunswick.

Pour Valerie McMurtry, présidente et chef de la direction de la Children’s Aid Foundation of Canada, l’organisme qui collabore avec TELUS pour offrir le programme en Ontario et dans d’autres provinces, Mobilité pour l’avenir change, voire sauve, la vie de milliers de jeunes Canadiens qui quittent le système d’aide à l’enfance. Pour ces derniers, le téléphone intelligent est « fondamental pour réussir le saut vers l’autonomie », affirme-t-elle.

Brittany, qui fait partie des participants du programme en Ontario, est reconnaissante du soutien dont elle bénéficie, qui lui procure une marge de manœuvre pour prendre les choses en mains. Elle se trouve dans une situation bien différente d’il y a quelques années, lorsqu’elle a tenté de se procurer un téléphone mobile chez un fournisseur de services à faible coût. Sans antécédents de crédit ni famille pour l’aider financièrement, elle n’a pas pu obtenir un abonnement, car il lui était impossible de verser un dépôt de 500 $. Ce coup dur s’est répercuté sur pratiquement tous les volets de sa vie : notamment la location d’un logement, la recherche d’emploi et la poursuite des études.

« Sans téléphone mobile, nous sommes complètement démunis. Nous perdons notre qualité de vie. Par contre, si nous choisissons d’en avoir un, nous devons réduire d’autres dépenses, par exemple celles consacrées à l’épicerie », déclare-t-elle en se remémorant les choix difficiles qu’elle devait faire pendant cette période.

Aujourd’hui, Brittany a un avenir prometteur. Maman de Gracelyn, née en janvier 2019, elle étudie à l’Université Wilfrid-Laurier et veut devenir travailleuse sociale. Elle a repris contact avec son petit frère et travaille comme ambassadrice jeunesse pour la Children’s Aid Foundation.

Mais elle s’inquiète encore pour les jeunes qui se sentent toujours coupés du monde.

C’est pourquoi des larmes lui montent aux yeux lorsqu’elle parle du programme Mobilité pour l’avenir.

« C’est un programme très pratique, dit-elle. Mais il change vraiment la vie des gens. »